Hirson: la lettre du maire Jean-Jacques Thomas à destination d'Emmanuel Macron reprise dans le Huffpost.

15 septembre 2017 - 7423 vues

Comme il l'a souligné dernièrement dans la matinale d'Echo FM, le maire d'Hirson Jean-Jacques Thomas s'insurge contre le gel des contrats aidés. Ce dernier a même écrit au Président de la république, Emmanuel Macron, voici la lettre en question: 

Monsieur le Président,

Dans votre interview donnée au Point, vous regrettez que les Français se soient "résignés à une vie démocratique sans sel". Si vous aviez assumé un mandat local, vous sauriez que la vie de maire, elle, n'en manque pas. Même si, aujourd'hui, l'assaisonnement a, davantage, le goût de l'amertume, fruit d'un quotidien que vos décisions rendent désormais insupportables aux plus fragiles et aux plus faibles.

 J'ai voté pour vous. Au second tour, pas au premier. Au second, pour barrer la route à l'extrême-droite. Les emplois aidés qui l'ont fait dès le 23 avril ne savaient pas qu'ils tiraient en même temps un trait sur leur avenir, sur leur insertion professionnelle à 680€ par mois. Ils coûtent trop cher, leur ont expliqué votre Ministre du Travail et votre Premier Ministre. Le sel de la vie démocratique qui vous est cher brûle aujourd'hui la plaie ainsi ouverte. Aussi béante que la fracture sociale que Jacques Chirac s'était promis de réduire en 1995 et qui lui valut, faute de l'avoir fait, de subir une cohabitation-sanction.
Toujours dans Le Point, vous dressez le constat lucide que notre pays ne peut pas fonctionner si les Français n'ont plus confiance dans leurs dirigeants et leurs institutions. Vous avez raison. En votant pour vous, les contrats aidés ont placé leur confiance dans la parole présidentielle qui leur promettait le travail, donc la dignité de la fiche de paie par la prolongation d'un contrat qui leur assurait jusqu'à cinq ans dans la même collectivité à condition qu'ils se forment et la servent de leur mieux. Ils l'ont fait. A 58 et 59 ans, ils caressaient le rêve -insensé et fou- qu'ils ne finiraient pas chômeurs. Leur salaire, ils ne pensaient pas le placer et thésauriser. Non, il leur servait uniquement à vivre. Chaque mois, consciencieusement, ils le dépensaient, petite fourmi de la croissance.
 
Oui, en ne renouvelant pas leurs contrats d'utilité publique, Monsieur le Président, vous brisez leurs rêves en même temps que vous les brisez. Vous voulez vous attaquer au chômage de masse et vous commencez par y renvoyer ces hommes et ces femmes pour lesquels la seule échappatoire à Pôle Emploi et au RSA était, justement, la prolongation de leur CAE/CUI, la formation par le travail au sein de la commune, ce premier échelon de la démocratie locale. Petite ou grande, la commune ne saurait, en effet, se limiter à la loi de l'offre et de la demande qui régit l'entreprise. Pas le service public.
 
Lorsqu'on vous interroge sur la disparition des contrats aidés, vous en revenez à votre régime sans sel, aux droits abstraits. Malheureusement ceux perdus par ces 280.000 sacrifiés –27 dans ma ville- sont bien réels et si les emplois aidés ont un coût -moins élevé cependant que les emplois créés par le CICE- la dignité de ces hommes et de ces femmes, elle, n'a pas de prix.
 
La ville d’Hirson emploie 38 contrats aidés. Au total, ils sont 117 à travailler dans les 26 communes des Trois-Rivières. Selon Jean-Jacques Thomas, qui s'exprime sur son blog, la décision gouvernementale de ne pas les renouveler s’avère d’autant plus injuste que plusieurs approchent de la retraite. « Nous sommes tous concernés, explique Jean-Jacques Thomas. Dans nos écoles, par exemple, ils assurent un service dans le nettoyage, dans la restauration scolaire par la préparation des repas et l’accompagnement éducatif des enfants lors du déjeuner. De plus, ils encadrent les Temps d’Accueil Périscolaire (TAP) ».

Sur Hirson, la disparition de 20 CAE-CUI et emplois d’avenir d’ici le 31 décembre remet, en effet, en cause le maintien de plusieurs services publics de proximité. Faute de personnel, le risque est, en effet, réel de les réduire, voire, de les fermer. « Le Gouvernement veut tuer nos services publics. Il faut réagir » indique le Maire d’Hirson pour expliquer le fait que, comme sur le pays des Trois-Rivières, la Municipalité organise une « opération ville morte », ce lundi 18 septembre. L’ensemble des services municipaux seront donc fermés au public. Y compris les écoles et la restauration scolaire, mais également le Foyer Raymond Mahoudeaux, le portage de repas à domicile, la Maison de la Petite enfance, le Conservatoire de musique, les salles de sports, etc.